Le pèlerin, la pèlerine: Accueil

 

De quel pèlerin s'agit-il?

Sommes-nous des consommateurs plus ou moins voraces de tout ce qui nous est offert sur les marchés....
on passe d'un objet à un autre et le désir s'y repose un instant, dans la jouissance qui lui est proposée, mais une fois ce nouvel objet 'digèré', la faim n'en est que plus vive, la course s'accélère et s'il en avait les moyens financiers, elle serait sans fin.

Le touriste marche vers « quelque chose » qui achève sa marche.

Le randonneur marche vers le « marcher », et le plaisir qu'il lui procure.

Le pèlerin marche vers le « marcheur », chacun de ses pas le rapproche de lui-même, désencombré de toutes les fausses identités et de toutes les valises qui l'alourdissent. Son but ce n'est pas un objet de désir, c'est le Sujet désirant, c'est la connaissance de « ce qui le fait marcher », le principe même de sa vie.

 

Le pèlerin

chemin du pelerin Il existe toutes sortes de pèlerins ; parmi les animaux, le « faucon pèlerin », littéralement aimanté par la proie à atteindre, le « requin pèlerin » qui migre régulièrement dans l'Atlantique nord, les « criquets pèlerins » qui par de longues processions aériennes vont vers les cultures nourricières.
Faucon, requin et criquet ont sans doute été appelés « pèlerins » parce que d'un instinct sûr « ils savent où ils vont », l'appétit est un grand guide, l'animal pèlerin est tout entier orienté vers ce qui peut le remplir, l'objet de son désir est son but et son tout, l'intensité et « la vitesse » de sa « marche » est proportionnelle à l'espace de son manque... en est-il de même de l'homme pèlerin ?

Lui aussi est un animal et il ne peut pas s'empêcher de chercher ce qui pourrait le combler et le nourrir, non seulement au niveau matériel (il ne serait alors qu'un « chasseur », pas encore un pèlerin). Il y a en lui des faims affectives et spirituelles, « l'homme ne vit pas seulement de pain » mais aussi d'amitié, de relations, de beauté, de poésie... n'y a-t-il pas en lui un désir de vérité, d'harmonie ? Et au-delà de ce que les paysages peuvent montrer un désir de pur espace ? Au-delà de ce que les mots peuvent dire, un désir de silence ? Au-delà de ce que la conscience peut saisir et appréhender, un désir de pure conscience ? Un au-delà de toute saisie, de tout « objet » à prendre ou à comprendre ?
Quel désir fait de l'homme qui marche sur la terre, autre chose qu'un faucon, un requin ou un criquet ? Autre chose aussi, qu'un chasseur, un touriste ou un randonneur ?

Le chasseur est à l'affût d'une proie, d'un objet à saisir, quelque chose qui puisse le nourrir, lui et son entourage ; il ne supporterait pas de revenir « bredouille » de son voyage, les valises doivent être pleines de « souvenirs » et s'il est « chasseur d'images », ses prothèses, photo et vidéo, doivent être débordantes d'impressions sonores et colorées. Si on ne « rapporte » rien, à quoi bon voyager ? Mais les connaissances qu'on a pu ainsi « accumuler » restent à l'extérieur ; des souvenirs qui n'ont changé ni le corps ni l'âme...

Le touriste pourrait être considéré comme « chasseur » s'il n'était à la recherche que du nécessaire et du « nourrissant », mais ce qui l'inquiète et l'excite le plus, si ce n'est pas obligatoirement le superflu, c'est la « nouveauté » : nouvelles terres, nouveaux visages, nouveaux gadgets, nouvelles impressions, nouvelles sensations – n'est-ce pas une façon intelligente d'enrichir sa sensibilité, sa vie émotionnelle et affective ?

Nous sommes toujours plus ou moins des requins, des faucons et des criquets ; des consommateurs plus ou moins voraces de tout ce qui nous est offert sur les marchés... on passe ainsi d'un objet à un autre et le désir s'y repose un instant, dans la jouissance qui lui est proposée, mais une fois ce nouvel objet « digéré », la faim n'en est que plus vive, la course s'accélère et s'il en avait les moyens financiers, elle serait sans fin.

chaussures du pelerin Le touriste ne marche pas sur la terre, il la court, il la piétine, il n'a pas le temps de la contempler, il n'a que le temps de chercher un autre objet à son désir ; à peine arrivé « ici », il demande : « où serons-nous demain ? » Nulle voix, nul guide pour lui poser la question : « Où cours-tu ainsi ?  Que cherches-tu ? », tellement forte est l'évidence, l'évidence de son instinct, qu'il cherche un plaisir, puis un autre plaisir... n'a-t-il pas payé le prix pour cela ?
Le randonneur est sans doute plus « avancé » que le touriste, il ne cherche plus un plaisir, une chose, un objet à prendre et à consommer « monument, paysage, corps tropical ou cuisine étrangère » , il cherche le plaisir et le plaisir c'est de marcher et de respirer, c'est d'être là dans un lieu nouveau qu'il découvre, sur une terre dont il arpente les sillons, et dont il rencontre les habitants... sans penser d'abord à en « ramener » quelque chose, il marche pour le plaisir de marcher, il voit pour le plaisir de voir, il rencontre l'autre pour le plaisir de la rencontre ; l'objet n'est plus son but mais son lieu de passage, il s'en trouve plus nourri que s'il avait cherché à « l'avoir »...

Le but du randonneur ce n'est plus tel ou tel lieu, sacré, exotique ou extraordinaire, bien que ces lieux existent et stimulent sa marche, mais c'est la marche elle-même, il n'en reste pas à l'écorce des mondes qu'il traverse, il en écoute la sève.

Entre le touriste, grand consommateur de kilomètres, de nourritures, de spectacles variés, soucieux d'accumuler souvenirs et expériences dont il remplira ses valises, pour  s'en plaindre ou s'en délecter au retour, ou le randonneur qui marche en se nourrissant de ce qu'il traverse, le pèlerin marchant vers lui-même ou vers un lieu sacré à la recherche d'un Absolu qu'il désire être ou rencontrer, il existe un autre type de voyageur qu'on pourrait appeler « voyageur éclairé ».
Il y a du touriste et du pèlerin en lui, mais il ne se reconnaît ni dans le côté prédateur et consommateur du touriste ni dans l'intensité et l'exigence mystique du pèlerin spirituel.
Son projet est davantage celui d'un voyage de connaissance et de reconnaissance. Connaissance des autres : autres cultures, civilisations, antiques ou récentes, et reconnaissance de soi, dans sa « réaction » aux autres, découverte des a priori et présupposés de sa propre culture, avec ses grandeurs et ses faiblesses.
C'est ainsi que le voyage « cultive » l'homme, non seulement par une addition de nouveaux savoirs, mais par une « maturation et parfois même par une « remise en question » qui est une « remise en quête » de tout son être au contact d'autres pays et d'autres façons d'habiter sur la terre.

Le pèlerin est sans aucun doute, au moins au départ : un chasseur, un touriste, un randonneur ou un voyageur éclairé, mais ce n'est pas tout cela qui fait de lui un pèlerin.
Est-ce le fait de marcher vers un lieu saint ou sacré ?
On peut être à la recherche de lieux saints et de lieux sacrés, à la manière des chasseurs, l'appétit « spirituel » chez certains est particulièrement développé. On recherche alors des « objets » d'extase, c'est-à-dire, de jouissance... et d'émotions en émotions, « d'expériences fortes et numineuses » en « expériences fortes et numineuses », on pense s'approcher du ciel ou du salut convoité. On peut être « consommateur » avec les « choses » de l'Esprit, comme on l'est avec les biens de la terre.

Le « randonneur spirituel » ou le « voyageur éclairé » sait qu'il n'y a pas de lieu saint ou sacré ; c'est notre façon de marcher sur la terre qui en fait une terre sacrée ou une lande profane et s'ils aiment les lieux saints et sacrés connus et réputés comme « hauts lieux » et buts de pèlerinage, c'est pour mettre leurs pas dans les pas de ceux qui les ont précédés, et qui grâce à leur façon attentive, respectueuse et célébrante d'y marcher ont pu y reconnaître la Présence du Dieu.
Le but du pèlerinage est à chaque pas du chemin, c'est la « Présence » qui nous donne la force de marcher, c'est le « Souffle » qui, à certains moments, inspire et allège notre marche. L'objet de notre désir est au terme du voyage, mais il est déjà là qui nous accompagne, ce n'est plus un objet extérieur, c'est la force vive qui nous tient debout et fait battre notre cœur. Ce n'est plus un objet qui nous manque, c'est le mouvement même de la Vie qui se donne. Le pèlerin ne se déplace pas d'objet de désir en objet de désir (sacré ou non), de lieu en lieu (saint ou non), il marche sans cesse vers lui-même... « plus moi que moi-même et tout autre que moi-même ».

Le touriste marche vers « quelque chose » qui achève sa marche.
Le randonneur marche vers le « marcher », et le plaisir qu'il lui procure.
Le pèlerin marche vers le « marcheur », chacun de ses pas le rapproche de lui-même, désencombré de toutes les fausses identités et de toutes les valises qui l'alourdissent. Son but ce n'est pas un objet de désir, c'est le Sujet désirant, c'est la connaissance de « ce qui le fait marcher », le principe même de sa vie.

Le but c'est de s'éprouver soi-même comme désirant, comme vivant dans la marche. On entre alors dans une « peregrinatio perennis », qui n'est pas la course épuisante et sans fin qui nous conduit d'un objet de désir à un autre objet de désir, mais dans la marche consciente d'un « désir sans objet », qui laisse être ce qui est... dans ce « laisser être » se découvre « Je Suis », celui que nous cherchons et que nous sommes déjà. « Celui qui est », celui qui marche, l'alpha et l'omega... celui qui était au commencement de notre pèlerinage sur la terre, celui qui sera à la fin de notre pèlerinage dans le temps. Sa Présence est plus qu'une jouissance et autre qu'un manque, elle nous comble et nous creuse à la fois : « c'est un mouvement et c'est un repos ».

À Jérusalem plus qu'ailleurs, il y a toutes sortes de pèlerins, des faucons et des colombes, des requins et des saint Pierre, des criquets et des pélicans... et « par dessus tout ça », le grand ciel serein, qui fait sourire ou qui fait pleurer, la douce lumière qui se donne à tous ceux qui la respirent...

Pèlerin pour la paix

Le pèlerin solitaire marche pour lui-même, vers lui-même, pour y découvrir sans doute plus grand que lui-même...
Le « pèlerin pour la paix » marche avec les autres, pour les autres, vers la paix de tous les peuples où passe son chemin ; mais son message de paix n'est que discours si en route il ne fait pas la paix avec lui-même, et avec tous ceux qu'il porte dans sa mémoire, foule immense que celle de notre histoire personnelle habitée par notre histoire familiale, transgénérationnelle, collective et cosmique...
Le but du chemin c'est d'être en paix avec soi-même pour être en paix avec les autres, c'est pour cela que les premiers pas du chemin vont vers lui-même.
On se souvient du rêve du « pèlerin scandinave » : une nuit, son Dieu lui parlât ainsi : « Siegfried, cœur vaillant, lève-toi ! Chevalier-pèlerin, sauve le monde ! Apporte lui la paix !... » Siegfried se réveilla et en pèlerin chevalier « toujours prêt », il lui dit : « Me voici, sois le maître de ma tête, de mon cœur, de mon ventre et de mes pieds, conduis-moi où tu voudras, je sauverai le monde, je défendrai ses trésors, je lui apporterai la paix...

Puis réfléchissant quelque peu... :

  • « Mais le monde est grand, par où vais-je commencer ?
  • Par mon propre pays bien sûr, mais mon pays est grand, par où vais-je commencer ?
  • Par ma propre ville bien sûr, mais la ville où j'habite est grande, par où vais-je commencer ?
  • Dans l'immeuble où j'habite bien sûr, mais l'immeuble est grand, il y a plusieurs familles, par où vais-je commencer ?
  • Par ma propre famille, bien sûr, mais avec qui dans ma propre famille faut-il commencer ?... »

C'est ainsi que Siegfried, le chevalier-pèlerin pour la paix arriva jusqu'à lui-même, mais là aussi il se posa la question :

  • « Par où faut-il commencer ?
  • Par le corps, être en paix avec mes pulsions ?
  • Par le cœur – être en paix avec mes émotions, mes peurs, mes attentes, mes sentiments ?
  • Par la tête, être en paix avec mes pensées ?
  • Le chemin est long, mais c'est sans doute par là qu'il faut commencer... »

« Sauver le monde », cela voulait dire, « lève-toi, va vers toi-même, cherche et trouve la paix en toi », « une multitude sera sauvée à tes côtés »...
Comme on ne peut pas aimer les autres si on ne s'aime pas soi-même, on ne peut pas amener la paix dans le monde si on n'est pas en paix avec soi-même.
C'est d'une telle « évidence », qu'avec Siegfried, « les pèlerins pour la paix » rêvent jour et nuit ; marcher ensemble, les ramène sans cesse « sur terre » : ils parlent de paix, ils ne sont pas en paix. Cela leur évite de « juger » les nations où ils passent.

Le pèlerin n'est pas parfait, il est perfectible,
c'est pour cela qu'il marche.
Il faut tant de chaos pour faire une étoile...

 

Jean-Yves leloup

 

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Etre pèlerin, pèlerine, le devenir,
Un peu plus chaque jour,
un peu plus à chaque pas,
sans regrets, sans attentes,
le cœur ouvert à l'Infini,
continuer, persévérer,
laisser le chemin
nous creuser,
se creuser,
avancer.

 

Etre pèlerin, pèlerine, le devenir ?

 

Etre pèlerin, pèlerine est-ce un état, un devenir, une condition, un désir, une volonté, un engagement ?

La condition humaine se caractérise par l'impermanence de toutes choses en ce monde selon le terme favori des bouddhistes. Elle est incarnation dans un espace-temps qui est forcément limité. C'est le lieu de l'expérimentation de la matière avec ses lois, ses contraintes et ses possibilités, ses frustrations et ses enthousiasmes, ses joies et ses peines, ses réussites et ses échecs... On y vit et on y voit beaucoup de rébellions mais aussi des adhésions à ce qui est et des anéantissements de nos toute-puissances. Elle peut être l'espace de la transformation, de la transfiguration de la blessure dans une ouverture à l'au-delà de nous-mêmes.

Le pèlerin, la pèlerine, pourrait être défini(e) comme celui, celle qui adhère totalement à sa condition de passant et l'assume pleinement tout en étant entièrement relié à « l'Origine qui le fonde »qui la fonde, redonné à « l'Etre qui le fait être », qui la fait être, dans l'incarnation de son identité profonde de Fils ou de Fille de Dieu. Le pèlerin, la pèlerine ne serait jamais arrêté(e), à tous moments et dans toutes les dimensions de son être, il serait, elle serait en adéquation avec le mouvement de son cœur profond ?
Qui alors serait pèlerin ?

Certainement Jésus, lui qui se tenait toujours au plus intime de la volonté de son Père, Juan Antonio Torres le présente ainsi dans le titre d'un ouvrage : « Jesus, el peregrino ».
Qui serait pèlerine ? Certainement Marie, la Mère de Dieu dans son attitude silencieuse, elle se tenait toujours au plus intime de son désir. Dans l'hymne de ses nombreuses et belles appellations déclinées d'églises de pierre en églises de pierre abritant ces magnifiques statues romanes en bois tout au long du camino frances, le chemin français de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne, n'est-elle pas nommée à deux reprises et jusqu'à Santiago « La Peregrina » ? N'y a-t-il pas aussi en France et peut-être ailleurs également la pratique populaire des « vierges pèlerines » ? Suivre en procession dans une lente marche une statue de Marie pour l'accompagner d'un lieu à un autre, en chantant des cantiques ou en priant silencieusement n'est-ce pas signifier l'intention de lui emboîter le pas ? Et Marie ne continue-t-elle pas à pèleriner de là où elle est vers notre propre terre, que nous soyons homme ou femme, pour nous inviter à travailler à son retournement  et à intérioriser la profondeur de son message ? Les nombreux lieux de pèlerinage marial sont là pour en témoigner.

Jésus et Marie n'ont-ils pas eu tous deux en commun d'avoir marché chacun leur propre chemin tout en ayant également partagé ensemble de nombreuses marches dans le lien particulier qui les unissait, « les configurait l'un à l'autre » disait Mgr Martin dans un de ses enseignements, depuis la naissance du Fils au cours d'un déplacement pour le recensement jusqu'au chemin de croix du Golgotha en passant par la fuite en Egypte et la montée à Jérusalem pour la présentation au temple.

Des hommes et des femmes, disciples et apôtres ont eux aussi parcouru les routes de Galilée en compagnie de Jésus pendant les trois ans de son ministère. Ayant quitté leur vie de sédentaires, ils l'avaient suivi dans ses déplacements, se laissant enseigner le chemin intérieur qui mène au Père. Témoins de la résurrection, emplis de l'Esprit Saint reçus à Pentecôte, ils se sont élancés sur les routes humaines pour témoigner de la bonne nouvelle, certains au prix de leur vie donnée.

Des saints, dans un chemin unique et particulier leur ont emboîté le pas pour révéler leur être profond et à leur tour nous accompagner sur nos routes intérieures et extérieures.
En occident, dans la chrétienté médiévale à l'époque des grands pèlerinages , c'est vers les reliques de certains d'entre eux placées dans des sanctuaires que des hommes et des femmes bravant les dangers des routes se rendaient.
Qu'est-ce qui pouvait bien animer les pas de ces marcheurs et marcheuses, transcender leurs peurs de l'itinérance et de l'insécurité des routes ? A quel profond appel entendu en leur être répondaient-ils ? Sans-doute au même que le nôtre aujourd'hui qui nous appelle de plus en plus nombreux et plus que jamais à «  marcher vers.... » Et si les chemins sont souvent beaucoup plus sûrs qu'au Moyen-Age, rares sont ceux qui n'en reviennent pas, n'y a-t-il pas quand même une mort à rencontrer au bout de chaque marche ? comme l'exprime André le Breton dans son livre « Eloge de la marche »
Alors l'homme, la femme qui s'est lancé(e) dans l'aventure n'indique-t-il, n'indique-t-elle pas, par son acte, le désir profond de renouer ou d'approfondir sa communion avec Celui qui le transcende, qui la transcende et qu'il découvrira ou qu'elle découvrira au fond de lui-même, au fond d'elle-même. Toutes les traditions spirituelles délivrent ce message relayé dans le grand public par Paulo Coehlo dans « l'alchimiste ». Il faut parfois partir bien loin pour découvrir que ce que l'on cherche est aussi à l'intérieur de soi-même. Sachant alors que le monde n'a pas sa raison d'être en lui-même, l'homme, la femme, pèlerin ,pèlerine oriente toute sa vie dans une marche vers le centre sacré de lui-même, d'elle-même qui peu à peu lui offre une inviolable Paix et Sécurité dans sa reliance au « Tout-Autre » et à tous les autres, tout en le laissant sans arrêt sur la route. Dans cette impermanence, peu à peu une nouvelle permanence se dessine nous dit Annick de Souzenelle dans « l'Egypte intérieure ou les dix plaies de l'âme ». Avant de marcher sur les chemins de la Terre, le pèlerin voyageur, la pèlerine voyageuse avance à l'intérieur de lui-même, d'elle-même. Il, elle tend de plus en plus à faire corps le plus possible avec sa condition de passant dans cette ouverture à l'au-delà de lui-même, d'elle-même, « au Tout-Autre » comme le nomme J.Y.Leloup.

Là, les obstacles sont nombreux. Passé les premiers enthousiasmes, l'être humain en quête se heurtera à de nombreuses embûches et à des arrêts comme en témoigne l'ouvrage « un pèlerinage intérieur » de Paule Amblard. Elle nous fait part de sa rencontre avec le manuscrit enluminé du XIV° siècle, de Guillaume de Digulleville :  « le Pèlerinage de Vie Humaine » qui met en scène un pèlerin dans la marche de sa vie. Il y rencontre toutes les passions décrites par des Pères de l'Eglise et notamment par Evagre le Pontique (J.Y.Leloup Gnosis et Praxis). Alors être pèlerin, pèlerine est-ce ne jamais être arrêté, n'être jamais perdu, n'est-ce pas plutôt se relever quand on est tombé et repartir quoi qu'il en coûte ? N'est-ce pas faire preuve de volonté  et de ténacité ? N'est-ce pas s'inscrire dans une telle dynamique de vie, sachant alors que rien jamais n'est gagné d'avance, et que des épreuves et des tribulations, à l'image du «  pèlerin russe » toujours il, elle, en rencontrera ? N'est-ce pas aussi l'adhésion à cette réalité-là et son intégration quels que soient les paysages à traverser, les climats à éprouver , les mémoires à rencontrer? N'est-ce pas maintenir le but intérieur coûte que coûte, veiller sur le désir de sa quête tout en en acceptant les nécessités  particulièrement celle du combat intérieur ? N'y a-t-il pas alors lieu à un engagement sur la fidélité à sa propre quête et aux respects des moyens qui en découlent ? N'y a-t-il donc pas effectivement pour certains, certaines, nécessité d'un engagement intérieur sur des vœux déclinés à la fois de manière universelle et singulière qui fonderaient en lui-même sa propre reconnaissance de son identité de pèlerin, pèlerine. C'est-à-dire, celle d'un homme ou d'une femme qui à l'instar de Marie-Madeleine présentée comme l'archétype du pèlerin par Jean Yves Leloup au cours de son séminaire « la voie du pèlerin », (monastère Saint-Michel du Var, août 2006) marcherait dans la rencontre avec lui-même, elle-même et ses profondeurs à travers différentes étapes jusqu'au matin de Pâques où resplendit la vision du Passant devenu Passeur.

 

Etre pèlerin, pèlerine, dans cette optique, ce serait donc être en chemin pour faire corps le plus possible avec cette condition humaine de passant dont la demeure véritable est en nous dans le contact de plus en plus permanent avec cet état de reliance qui se vit dans la profondeur du moment présent. Ce serait tendre à avancer à chaque instant sur la Terre non plus dans une poussée vertigineuse de l'horizontale tendu vers le rattrapage d'un temps qui toujours nous échappera ou nous rattrapera mais dans la conscience de ce lien entre Ciel et Terre qui ralentit notre marche et nous permet de passer sur nos routes humaines sans nous y attacher, nous incarnant toujours plus profondément de manière particulière, dans cette verticalité ouverte à l'horizontale, laissant la trace éphémère de notre passage dans la Joie de celui ou celle qui a goûté à la Vie qui ne passe pas à travers une succession de morts et résurrections. Ainsi en serait-il de notre passage sur Terre, jusqu'à l'heure de notre grand passage, une grande école de l'Amour. L'espace-temps, particulièrement celui des pèlerinages extérieurs, comme celui des retraites spirituelles (n'impliquent-elles pas d'ailleurs aussi un double déplacement à la fois extérieur et intérieur accompagné de ruptures ?) est un cadre qui peut nous permettre de trouver ce lien, de nous y enraciner afin d'œuvrer à la transfiguration du monde pour la part qui nous est confiée, la plus proche étant d'abord en nous-mêmes et dans nos lieux de vie quotidiens.

Etre pèlerin, pèlerine, serait donc à la fois un état pour partie de nous, celle qui s'est déjà conscientisée et pleinement intégrée, un devenir, pour les parts qui demandent à l'être, un désir pour se réaliser pleinement dans cet état, une volonté pour ne pas s'arrêter aux premières embûches ni aux plus lointains et subtils obstacles, un engagement ferme pour demeurer fidèle à cette quête profonde qui oriente et colore toute une vie.

ULTREIA...
un pas de plus... au-delà...
« de commencement en commencement »...
(Grégoire de Nysse)

Aurore du chemin
septembre 09

 

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Le texte 'Vers où, vers qui marche le pèlerin' est composé à partir d'un enseignement de Jean Yves Leloup : 'Sur la voie du pèlerin' donné au Monastère de Saint Michel du Var. Inspiré par les grands prophètes et marcheurs face à l'Eternel ainsi que par le livre 'Le pèlerin russe', d'auteur inconnu.

 

Vers où, vers qui marche le pèlerin,

Va pèlerin,
va vers la vie, vers la vie qui t'est donnée.
La vie que tu as, tu as cru que c'était la vie
mais la vie que tu as n'est qu'une forme de vie
la vie ce n'est pas toi, c'est l'Être même.
Va pèlerin, en chemin pour être avec l'Être.

- Le pèlerin qui voyage avec ses pharmacoï, ces médicaments qu'il amène avec lui et qu'il tient dans sa poche près de son cœur, puise à sa source. Les textes sacrés, tels que le Prologue de saint Jean et le Notre Père sont un rappel pour lui,  'souviens-toi de qui tu es frère pèlerin, reviens à la source de ton être, reviens à toi-même, à tes origines'.

pelerin Le Prologue de saint Jean rappelle à travers le logos, ou le verbe, l'intelligence créatrice qui fait de l'homme un vivant. L'univers est habité d'une intelligence créatrice et voir celle-ci c'est s'ouvrir au monde subtil, à la lumière dans la matière.
Dans la matière il y a la lumière, il y a l'intelligence créatrice, il y a l'information de la vie.
Dans la matière il y a la vie.
Aimer Dieu c'est aimer la vie. Le 'theos' mot grec signifiant dieu - ou état de vision ? représente la vision du Vivant ; voir le Vivant dans la vie. Des non-croyants peuvent aimer la vie, des croyants peuvent ne pas aimer la vie ; à tous Jésus dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance », il ne s'agit pas de la petite vie que nous avons et que bientôt nous n'aurons plus, mais de la vie qui 'est', c'est-à-dire la vie éternelle, celle qui est, la vie qui est déjà en nous.
'Le logos s'est fait chair' est-il écrit. Et effectivement, en chaque instant, la vie prend forme (corps) en nous. Le sans forme prend forme, notre vie prend forme, la vie prend forme, la conscience prend corps. Les Pères de l'Eglise disent : « Dieu se fait homme pour que l'homme devienne Dieu », aujourd'hui nous pourrions dire que la conscience d'être (de l'Être !!!) prend forme pour que notre corps prenne conscience de la vie.
L'Homme a conscience d'Être. L'homme est la manifestation du vivant.

Le Prologue de saint Jean c'est le rappel de l'Être, de l'essentiel. L'oublier, oublier d'être, c'est être dans le pêché, ou plutôt ne plus être dans son axe, être dans l'oubli de la réalité. L'Homme est dans l'oubli du réel qui le fait être. Le Prologue nous encourage à reprendre conscience que la vie est information, la vie est d'abord une conscience qui nous informe.

Le second médicament est le 'Notre Père', la prière du cœur ou la prière du Père qui nous remet dans le Père, dans l'intelligence créatrice.
Angelus Silesius, au XVIIe siècle disait ainsi : « arrêtez de courir, en ce moment le Père engendre en vous Son fils ». Notre Père dans les cieux, à l'origine de toutes choses et de tous êtres, nous engendre comme sujet. Il nous donne un nom, il nous donne vie.

- Le pèlerin a un regard de passant, il est attentif, il est non arrêté.
Lévi-Strauss parle du regard éloigné. Le pèlerin a un regard qui vient de loin, qui va loin et qui ne s'arrête pas, un regard qui voit le visible, et voit aussi l'invisible – fixé sur l'espace. Il est important de voir l'espace, de ne pas s'arrêter ou ne pas fixer la chose. Dans la Genèse il est dit 'toutes choses naissent de rien', le pèlerin voit ce qui apparaît et ne s'y arrête pas, il n'idolâtre pas. Il voit apparaître l'Être pour ce qu'il est.
Le pèlerin est libre, non arrêté, alors que la plupart d'entre nous sommes en état d'arrestation... Arrêté par ce que l'on connaît. Nous croyons que ce que nous connaissons est la réalité, alors que ce n'est qu'une réalité, une perception personnelle.
L'imbécile n'est-il pas celui qui croit que ce qu'il connaît est la seule réalité ?
Le pèlerin n'a pas la foi arrêtée par une image, par une croyance, par une idée de Dieu.
Dieu est tellement plus que ce que l'on peut en savoir, que ce que l'on peut en croire. Il y a une façon relative pour parler de l'absolu, ne soyons pas idolâtres, ne soyons pas arrêtés.
L'idole nous empêche de voir, de regarder, les choses telles qu'elles sont.
Le pèlerin n'idolâtre pas.

Grégoire de Nysse : «  Les idées de Dieu font des idoles de Dieu, seul l'étonnement peut en dire quelque chose ». Peu de croyants, beaucoup d'idoles, d'ailleurs les idoles font les idées et s'arrêtent sur l'idée.

Jésus dit,
« Il est avantageux que je m'en aille,
Sinon l'Esprit Saint ne viendra pas en vous,
Et vous ferez de moi une idole
 »

Pelerin Le vrai maître ne cherche pas de disciples, il engendre des enfants à Dieu, et quelqu'un qui marche avec - ou à côté - d'un maître marche d'abord pour la vie, et pas pour le maître. La grandeur d'un maître c'est son effacement.
Que le fils de Dieu naisse en chacun.
Ne faisons pas une idole de Dieu, ou de Son fils car c'est sa parole que nous avons à vivre. N'appelez personne maître car il n'y a qu'un maître, un seul et unique, Dieu. Et le rôle du maître extérieur est de nous reconnecter à notre maître intérieur ? Ce lieu en nous qui est en connexion avec l'unique maître, et le rôle de Jésus est de nous ramener vers le Père : « Celui qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais au Père ». Jésus est donc le chemin vers le Père, vers le maître.
Pèlerin, retrouve ta filiation au Père.

« Là où Je suis, vous êtes aussi » et c'est bien là le but de notre pèlerinage.
Pèlerin, quitte ton pays, ton désir, ta parenté et retourne au Père. Marche à la découverte de toi-même, de la vie, de ton intelligence créatrice.
Dieu ne se prouve pas, mais s'éprouve. Il est au-delà de ce qu'on peut éprouver.
Dieu ne se voit pas, mais il nous permet de penser. La conscience n'est pas un objet mais nous permet de prendre conscience. La lumière ne se voit pas, mais elle nous permet de voir. Ne prenons pas pour l'Être une expérience de l'Être. Ne prenons pas pour 'la vie' ce qui n'est qu'une forme de vie.

Le Dalaï-Lama rappellera que le Nirvana n'est pas un état de conscience, c'est la conscience. C'est une conscience qui contient tous les états de conscience. Nous pouvons être attaché à un état de conscience et en oublier tous les autres, ce qui veut dire que nous pouvons oublier le ciel, l'espace, etc... et avons donc idolâtré certains états de conscience. Quand nous nous sentons bien, que nous vivons des sensations intérieures paisibles, rappelons-nous que celles-ci ne sont que des expériences mais ne sont pas la conscience.
Ne nous identifions pas à un état de conscience, à une expérience, à une épreuve.


Marche en ma Présence,
Et deviens accompli.

Là où nous allons,
Nous y sommes déjà.
Ce que nous cherchons,
Nous le sommes déjà.

paysage La solitude est essentielle, l'infini réel s'y révèle.
Le pèlerin est dans l'alternance de l'assise et de la marche. S'asseoir pour rester dans le silence, dans la solitude, être dans le silence du cœur, dans le non-jugement, la non-projection, et ne pas fuir. Seul, la tête tournée vers le cœur, le mental descendant dans le cœur vers l'intelligence du cœur, le pèlerin rencontre la paix, l'amour naît du calme et de la tranquillité. Pour y arriver le pèlerin s'assoit, fait appel à la tendresse de l'être, à la matrice de l'Être.
Et le pèlerin recommence, il ne répète pas mais il recommence, il revient toujours à la source, au Père – voilà, ceci n'est rien d'autre qu'un exercice.

Ayons notre corps à l'écoute de notre âme
Notre âme à l'écoute de l'esprit
Et l'esprit à l'écoute du Saint Esprit.
Tout notre être appelle l'Esprit Saint à vivre la Vie. Convertissez-vous, l'Esprit Saint est là, il y a quelque chose de plus, de plus infini, que le ou la physique. Mettez votre souffle dans le Souffle. Elevez votre conscience, votre vie pulsionnelle ou mieux encore remettez votre 'petite' vie au cœur de la 'grande' vie.

Va pèlerin,
c'est en vivant que tu sens ce qu'est la vie.

Assis ou en marche, de jour comme de nuit, en tout temps en tout lieu tu peux invoquer le Nom. N'aie pas peur de répéter 2 à 3000 invocations, le temps que tu donnes à l'éternité dépend de toi, et donc la quantité d'invocations ou de prières, mais la qualité ne dépend pas de toi. Le temps donné à la prière ou l'invocation t'aidera à t'ouvrir à la grâce du Père, car la grâce est donnée à tous par le Père.
Mille et un battements de paupières tu traverseras pour la recevoir, pour pouvoir t'en réjouir.

Prie comme tu respires, et pour t'y aider garde en main le petit chapelet fait de nœuds en tissu – entre tes mains et le cerveau il y a une connexion qui occupe. Au début la prière te semblera facile ensuite viendra la fatigue, les pensées remontent, une lourdeur et même l'ennui te submergeront. En toi la résistance, l'ego qui craint la contemplation, ennemi du genre humain. Te voilà éprouvé dans ta spontanéité, une traversée de désert s'annonce. Une véritable lutte contre le monde obscur s'est engagée, car celui-ci n'aime pas la prière du cœur.
Satan, fonctionnaire de Dieu est à l'œuvre, il t'empoisonne la vie et te fait connaître tes limites, il t'enlève tes illusions et te fait perdre tes croyances et prétentions.
Satan t'éprouve pour savoir ce que tu as en toi, par cela même il te fait grandir.

Et quand tu auras tout perdu, quand il ne reste plus rien, qu'y a-t-il ?
'Je Suis', l'union avec le réel, subtil et invisible.

Heureusement qu'il y a les épreuves, les traversées, les passages car ils te mènent vers la conscience, et te font perdre tes illusions. Trop souvent l'état de 'bonne conscience' t'a coupé de la conscience, tout comme dans une pratique de la spiritualité l'individu ne s'approche pas de l'humus, de l'humilité, car l'ego vit en lui.
On pourrait parler d'inflation ou de narcissisme spirituel à l'instar de la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf dans la fable éponyme.

Va pèlerin, va vers toi
en marche, libère-toi, la légèreté te mène vers l'Amour, vers l'Agapé, vers ton corps de résurrection.
L'amour du Seigneur, l'amour que tu donnes aux autres est porteur d'éternité, d'espérance et de joie, rappelle-toi que la seule chose qui ne te sera pas enlevée, c'est ce que tu auras donné. Ton corps de résurrection est tissé des dons que tu auras fait, alors que ton corps mortel reste chargé de bagages qui ne sont que tes illusions, illusions sur la vie, illusions sur toi-même. Une fois ces illusions perdues il te reste l'essentiel, 'Je Suis', le fils de Dieu en toi.
Et un jour ou l'autre, tout te sera enlevé, tout sauf l'essentiel. De tes cendres renaît l'amour divin à travers ton corps d'éternité qui accompagne tes proches, ceux à qui tu t'es dévoilé, ceux à qui tu as fait don de ton être.

Si quelqu'un veut marcher avec Moi, qu'il se dessaisisse de lui-même, de ses pensées ordinaires, qu'il ne soit pas enfermé dans son psychisme. N'est-il pas dit que celui qui veut s'approprier sa vie la perdra, que celui qui s'accroche à sa psyché s'y perdra.

La souffrance n'est-elle pas celle qui te grandit, celle qui te permet de te transformer en te dépassant dans la conscience de l'acceptation. La souffrance est l'épreuve ultime, celle dans laquelle tu te sens abandonné. Jésus dans son humanité, proche de celui que tu es, connut la douleur et l'appel : « Père pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Parfois il te faut descendre dans la douleur, la folie ou l'absurdité et te sentir abandonné, pour pouvoir ressentir ou voir la présence divine. Dire oui à l'abandon, ressentir qu'au cœur de la souffrance tu ne souffres plus, et là dans ce cœur se vit la transformation, le passage, la résurrection – le 'Fiat', j'accepte. Seigneur, que ta volonté soit faite.
Ne cherche pas la compréhension au pourquoi de la disparition de la douleur, le sens va au-delà de la compréhension, la rencontre dans une résurrection est au-delà de la compréhension.
Sois aussi fou que celui qui avait tout perdu sauf la raison, selon la parole de Chesterton. Peut-être suis-je fou mais au moins cela donne un sens à ce qui m'arrive.

Plus tu cherches le bonheur plus il te fuit, plus tu fuis la solitude plus elle te rattrape. Dis oui à la solitude et sens-toi relié à tous, à tous ceux qui vivent la solitude. D'ailleurs, l'on n'est jamais moins seul, que lorsqu'on est seul. Comme les rayons d'une roue, alors que chaque rayon est solitaire, tous sont reliés au centre, au cœur de la roue, et tous ensemble avancent.

'Celui qui veut marcher avec Moi, qu'il prenne sa croix'
Au-delà du dolorisme il y a l'image du 'stabat mater'. Prendre sa croix c'est se redresser, être debout au cœur de l'épreuve, être dans son axe dans l'union de l'horizontal et du vertical. C'est aussi l'ouverture vers l'inconscient, vers le principe de la quaternité, orientant l'homme dans les 4 directions, vers les 4 éléments. L'Homme est capable de sensation, de sentiment, de raison et d'ouverture intuitive. Pour les Anciens, la croix équivaut au grand livre de l'art d'aimer, ouvert vers Dieu et ouvert vers le prochain. Entre ciel et terre, lumière et ténèbres, au centre de la croix nous sommes au cœur de notre action. Dans l'amour de la résurrection, du dépassement de soi.
Relève-toi pèlerin, il y a quelque chose à faire de ta mort, de tes 'petites' morts vécues durant la vie. Jésus nous l'apprend : « La vie, on ne me la prend pas, c'est moi qui la donne ». Puis-je faire de ma mort, de mes petites morts, une occasion d'éveil ?
Mes souffrances peuvent-elles être une aide, un exemple pour d'autres ?

 

Va pèlerin,
à chacun son chant,
sa façon de se remémorer
de revenir à son cœur,
à l'instant favorable,
tourne ton esprit vers le Souffle,
et ton cœur vers le cœur de l'Être,
en marche,
et ne te laisse pas enfermer.

Jacques 2009

 

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