Des pèlerins, des pèlerines contemporains
« Pour l'Amour de ton Nom ! »est une réalité chantée du mardi au samedi à la fin de l'office de sexte au monastère orthodoxe Saint-Michel du Var. Elle est aussi énoncée dans certaines églises du chemin de Saint-Jacques au cours de la bénédiction traditionnelle des pèlerins gracieusement donnée à la fin des célébrations eucharistiques. Voici ce qu'elle m'a inspiré dans cette communion des pèlerins d'autrefois et d'aujourd'hui.
« Pour l'Amour de ton Nom ! »
Ils marchaient, ils marchaient, ces hommes, ces femmes, qu'on appelait des pèlerins, des pèlerines.
De tous temps et en tous lieux, par tous les temps et vers tant de lieux, ils marchaient. Tendus vers ce but ultime qu'eux seuls semblaient entrevoir, ils avançaient. Ils tombaient, se relevaient, s'égaraient, revenaient sur leurs faux pas, retrouvaient la voie. Ils montaient et descendaient, traversant monts et vallées, villes et déserts ; sur la terre battue, ils allaient lestement, soulevaient la poussière au bord des champs, peinaient sur les cailloux, glissaient dans la boue, suaient sous le soleil de plomb, se pressaient au soleil couchant.
Fatigués, il s'arrêtaient, se reposaient, goûtaient la beauté d'un paysage, l'odeur de la Terre, aéraient leurs pieds, savouraient les premiers rayons de soleil, la légèreté de la brise sortie de nulle-part ou se laissaient envelopper par une nappe de brouillard, la laissaient pénétrer puis se dissiper, s'effilocher. Ils reprenaient la marche...
Ils marchaient, ils marchaient, ces hommes, ces femmes, qu'on appelait des pèlerins, des pèlerines.
Ils aimaient cette Terre, les grands espaces s'y ouvraient, les parfums s'en exhalaient, le chant des oiseaux les accompagnait, d'autres animaux les rejoignaient, les croisaient, les observaient. Des sourires les accueillaient, des paroles les encourageaient, des bras s'ouvraient, l'hospitalité s'incarnait. Accueillis, il accueillaient, un mot, un regard, un sourire, l'offrande d'un geste ou plus encore. La Vie se recevait et se donnait, ils se laissaient envisager, réenvisager, se réconcilier. Une réconciliation cellulaire profonde s'opérait, les larmes coulaient, ramollissaient leurs terres dures et égarées, lavaient leurs yeux longtemps demeurés effarés ou effrontés.
Ils marchaient, ils marchaient, ces hommes, ces femmes qu'on appelait des pèlerins, des pèlerines.
Assoiffés, ils se laissaient désaltérer par la fraîcheur d'un jus de citron avec Amour préparé, assis au bord d'une cascade, ils s'abreuvaient en son rythme sonore perpétuel. Affamés, ils se nourrissaient, redécouvraient le goût des aliments, accueillaient la Vie du fruit qui se donnait. De la Parole, ils se nourrissaient ; au rythme du bourdon, ils la manduquaient. Ils priaient, invoquaient le Saint-Nom à eux révélé, certains appelaient l'Esprit Saint, louaient le Père, se tournaient vers Marie, s'adressaient aux saints.
Leur cœur s'allégeait, se dilatait, leur visage s'ouvrait, des ailes leur poussaient, leur marche se régulait. Ils oubliaient la fatigue, le poids du sac, les mémoires des longs jours de marche, ils souriaient.
Ils marchaient, ils marchaient, ces hommes, ces femmes qu'on appelait des pèlerins, des pèlerines.
Ils entraient dans les églises ou autres temples pour eux sacrés, ils s'agenouillaient, se relevaient, s'inclinaient à nouveau, repartaient. Ils marchaient vers le dénouement en s'inclinant du plus profond de leur dénuement. Ils avançaient vers leur total dévouement. Conscients du germe d'éternité en eux déposés, ils le laissaient croître et s'embellir à l'image de ces champs de blé qu'ils traversaient l'été. Ils priaient dans la nature louant Dieu pour les merveilles rencontrées. Ils l'imploraient dans les difficultés, le reconnaissaient dans les solutions trouvées et par eux inespérées. Ils laissaient la place au Maître de leur vie. Celle-ci devenait action de grâce. Le monde se transfigurait.
Ils marchaient, ils marchaient, ces hommes, ces femmes qu'on appelait des pèlerins, des pèlerines.
A l'approche du lieu saint, ils ralentissaient, résistaient à la pression de la marche tendue à l'unique horizontale, renonçaient à l'appât de l'accélération de celui qui enfin touche à la proximité du but. Dans ce retrait, ils se verticalisaient. Ils se recevaient du Ciel, s'ouvraient à la Terre, accueillaient leurs frères. Sur le chemin, ils laissaient la trace éphémère de leurs pas devenus sages. Ils entraient dans la conscience des pas sages qui préparent aux grands passages.
Ils voyaient qu'ainsi va la Vie, de pas en pas, de pas sages, en pas sages, de passages en passages... Ils savaient qu'ils continueraient à marcher, aimantés et émondés par cette mystérieuse force qu'ils ne pouvaient réussir à nommer si ce n'est parfois dans l'intime secret, et qui toujours leur échappait et toujours les reprenait. Partis pour on ne sait quelle raison, ils découvraient leur Nom. Ils se connaissaient reliés, pèlerins des temps anciens et pèlerins des temps nouveaux, la besace en bandoulière ou le sac sur le dos, vêtus de feutres ou de goretex.
Ils marchaient, ces hommes, ces femmes, pèlerins, pèlerines.
Ils marchent toujours...
Ils quittent la férocité du monde sans fin de l'efficacité,
La vélocité du monde aveugle à la gratuité,
La proximité de l'anonymat du monde robotisé,
Les illusoires sécurités du monde fortement sédentarisé
Ils s'ouvrent à la Faim et à la Soif
A celles qui appellent l'éternel rassasiement,
L'éternel abreuvement.
Ils redécouvrent la lenteur et la profondeur
La douceur et la couleur
La louange et l'action de grâce
L'accueil et l'offrande,
L'intercession...
Ils marchaient, ces hommes, ces femmes, les pèlerins, les pèlerines des temps immémoriaux.
Ils marchent toujours...
... « Pour l'Amour de ton Nom »,
Seigneur !
Aurore du chemin
novembre 09
Raphaële
Monique PAPILLON,
membre du Collège International des Thérapeutes*
Ma vie a fait ses premiers pas de pèlerine sur la terre dans un petit village de montagne en Alsace. A l'école du village, tous les matins, nous lisions « l'Histoire Sainte ». Ainsi a été enfouie dans ma conscience d'enfant la clé ouvrant le chemin de l'âme.
La Nature m'a enseigné: les rythmes, les cycles, la vie, la mort, le Ciel, la Terre...
L'école et les livres m'ont enseigné : comprendre, structurer, élargir, ouvrir.....
Le couple a révélé et creusé ma terre de femme.
Mes enfants m'ont faite mère d'une vie matricielle plus profonde.
Profession : enseignante
Ce n'était qu'un début : la Vie m'appelait plus loin :
Formation en diverses pratiques et techniques corporelles
.... La Vie m'appelait ailleurs : « Va pour toi, quitte le connu... »
Tradition de l'Inde : enseignement, pratique corporelle, Silence.
Une porte s'ouvre au-dedans pour y découvrir la présence de l'Etre en soi.
Un nom nouveau m'est donné : Mahadévi ; il me rend responsable de la dignité et de la beauté du Féminin intérieur : terre de conscience.
« Va, retourne à présent vers la terre de tes ancêtres... »
L'injonction ou la subtile Main de Dieu sur moi - cela m'est de plus en plus évident - créé la rencontre avec celui qui est le guide et l'ami spirituel : Jean-Yves LELOUP.
Avec des larmes de joie et le baptême de feu, je reçois mon nom de guérison : Raphaële
....et va le chemin, dans « l'Ouvert » ! Premiers pas de guérison de mes mémoires dans la Tradition Judéo-Chrétienne . Je me crois arrivée....alors que je n'en suis qu'au début !
Le Monastère Orthodoxe St Michel du Var - Monseigneur Martin
Fraternité d'âme et de cœur, joie renouvelée, je découvre la présence vive du Christ dans l'homme-moine ....et s'ouvre alors pour moi la porte du « Religieux », de l'institution. Chant des psaumes, beauté des liturgies, enseignement, invocation du Saint Nom dans le silence de la crypte.....
....et voici que se lèvent dans l'obscur de ma conscience, les femmes !, femmes antiques, femmes de l'Ancienne Alliance, dans une exigence de vie et de paroles renouvelées. Voici que se délivre et qu'éclate en moi la mémoire sainte du Féminin des origines pour les temps d'aujourd'hui....afin que soit la Vie une. Ce qu'elles me disent :
« Souviens-toi de la Terre qui t'a portée et enfantée
souviens-toi des femmes qui t'ont précédée,
va, Pèlerine des temps nouveaux,
et témoigne ! »
* dans l'esprit de Philon d'Alexandrie
Raphaële