Des pèlerins, des pèlerines dans l'histoire des traditions
Regards et paroles de femme sur les femmes de l'Ancien Testament, pèlerines sur le Grand Chemin de la Vie.
Femmes-Pèlerines......
Femmes sur le chemin de la vie,
venant du fond des âges, montant de la nuit des temps
jusqu'au seuil de ces jours d'un nouveau possible ;
vos visages se précisent à mon regard.
Votre histoire est la mienne et je parcours avec vous
tous les méandres de la vie.
Vous êtes ma sève et mon devenir ;
Vous êtes mes racines et ma floraison,
Vous serez le fruit juteux du monde à venir
Femmes- Matriarches et Femmes-Servantes : Sarah, Agar, Rébecca,
Léah, Rachel, Zilpah, Bilah....
Femmes –Guerrières et Femmes-Prostituées : Yéhoudith, Esther
Tamar, Rahab
Femmes soumises mais jamais asservies
Femmes stériles et pourtant fécondes d'une plus haute vie
Femmes émergeant de la terre boueuse et s'élevant dans la Lumière radieuse
du Jour de Dieu
Femmes d'une nouvelle Terre, d'un nouveau Ciel
Femmes d'aujourd'hui et de toujours
d'ici et de partout,
Le monde aspire à renaître par vos corps, vos mains, vos cœurs, votre vision.
Il est temps de se lever,
de marcher, d'aimer, d'œuvrer comme jamais auparavant,
libres, et toujours « compagnes de l'homme » pour la VIE ;
Raphaële, Janvier 2010
Jardin d'Eden
ISHAH : Femme-Origine
Il était seul, le Adam (Ha'Adam), humanité gémelle, masculin et féminin confondus.
Il était seul, ignorant de lui dans un foisonnement de vie et de beauté.
Son regard reflétait toute chose et néanmoins restait vide.
Ciel et Terre l'enveloppaient, le berçaient, dans l'attente du Jour de l'Eveil.
Un Fleuve de Vie le traversait mais lui, le multiple dans une conscience endormie, n'était
Rien.
Il entra en léthargie et son esprit se mit à voyager : premiers pas de Pèlerin dans l'obscur de la
Matière crée ; un long chemin jusqu'au lieu de son émergence, à la Source de son être.
Brûlure ! Ecartèlement !
Une douceur amoureuse le pénètre, l'ouvre à lui-même et il se voit :
Il est lui
Il est elle
Ils sont deux, homme et femme
époux – épouse
Ish – Ishah
Extase !
Wa Yo'mer Ha'Adam Zo't HaPa'am Etsem Me'Atsamay OuBasar MiBesarî
Le Adam dit «celle-ci ouvre la marche,
Os de mon os, chair de ma chair ».
Leurs yeux s'ouvrent sur la splendeur du monde crée.
Leurs mains se joignent,
Amour
Leurs mains se séparent,
Vie en chemin
La Femme se dresse, s'étire dans le Soleil de la Lumière Une
Elle fait un pas et c'est la vie qui se met en marche ;
Elle fait trois pas et c'est une danse.
Lui, l'homme, la regarde :
elle est belle comme la Nuit,
lumineuse comme le Jour ;
elle est joie
terre de promesse
chemin de révélation .
Elle est la vie donnée, félicité d'être ;
Sa Puissance émerge de la Terre-Adamah .
Lui se connaît Feu du Ciel, Amour du Père Céleste pour sa toute belle.
Le Jardin s'éveille
en eux...
Raphaële, janvier 2010

Paroles....... .......de Raphaële
Jardin d'Eden – Ishah
Selon le 2° récit de la Genèse
Jardin d'Eden ? mythe ou réalité ?
mythe et réalité !
dans un réel d'avant notre espace-temps.
dans un réel inscrit au tréfonds de notre être, à la racine de notre conscience humaine.
Jardin de jouissance, de beauté, fondé dans l'Alliance d'Amour entre
le Créateur et sa Création.
En son centre, deux arbres : l'Arbre de Vie et l'Arbre de la Connaissance.
A l'Orient de ce Jardin : un Fleuve jaillissant, tel une puissance amoureuse,
arrosant de son quadruple flux quatre « terres de mutation »
Il est la demeure de l'Adam originel, de notre nature originelle.
Ce récit, antérieur à notre espace-temps qui est celui de l'exil, (exilé de ce Jardin, exilé de notre véritable identité et de la relation d'avec notre Origine) est notre « réalité la plus intérieure », oubliée, perdue, et qui, pourtant, reste fondamentalement ce qui nous meut dans notre vie quotidienne : N'avons-nous pas au tréfonds de notre être cet inamovible désir de bonheur, de jouissance, d'union avec l'autre et le Tout Autre ? désir d'expansion, d'élévation, de Connaissance ? Ceci est inscrit dans notre Jardin d'Eden originel et intérieur.
Ainsi la vie – le pèlerinage de vie – commence-t-il dans ce Jardin ; l'humanité y fait ses premiers pas.
L'Adam, - l'humanité originelle - émerge à la vie dans une conscience confuse, confondu qu'il est encore, comme l'enfant, avec sa Matrice-mère, la Adamah et ignorant de sa double polarité masculine et féminine, incapable d'amorcer sa « marche de vie ».
« il est seul de lui-même »
Si nous contemplons les 3 Lettres Hébraïques qui forment son nom – chaque Lettre étant énergie divine, donnant sens à un mot – nous entrons dans le projet divin inscrit dans ce nom :
3 Lettres : אAleph ; דDaleth ; ם Mem finale, = ADAM אדם
(l'hébreu se lit de droite à gauche)
א : L'Incréé - le Silence - la féconde Vacuité
ם : Le Créé - la Matrice-mère en tant que potentiel et (ou) totalité de vie accomplie.
Entre les deux : ד : Daleth, la Porte
L'Adam – et chacun de nous – est porteur de la totalité des énergies du Créateur et de Sa Création. En lui repose le don ineffable de la plénitude de vie à l'état latent et qu'il a à devenir..
ד : Au cœur de l'Adam, la Porte
Cette Lettre Daleth nous informe du chemin - du Pèlerinage, oui ! – qui doit être le nôtre :
Aller d'étape en étape ;
Franchir des portes.
Toute porte ouvre sur un nouvel espace et pour Adam il s'agira toujours d'un espace de Conscience nouvelle, d'une montée sur l'Arbre de la Connaissance.
Il est la porte qui relie et sépare deux espaces, deux réalités différentes, voire opposées.
Porteur à la fois du Créé et de l'Incréé, il est le lieu de passage et de rencontre de ce qui l'origine.
Tout au long de notre vie des portes nous sont proposées, passages étroits qui nous vérifient et nous préparent à l'étape suivante sur notre chemin de vie.
Ce passage de la porte en réalité ne se fait pas à l'horizontale, pas seulement....Il est un temps d'arrêt, une invitation à un « retournement » vers l'intérieur, une descente dans la profondeur de l'être pour y découvrir cet « autre côté » de nous même, notre Féminin intérieur, non encore connu, non encore révélé, ni émergé à la conscience, et qui porte en lui les semences, la force, le potentiel de chaque nouvelle étape de vie.
Ishah : « celle-ci ouvre la marche... »
En Eden, l'Adam est plongé par YHWH dans un sommeil profond afin que lui soit révélé « son autre côté », son Féminin, son visage nocturne, cette autre sans laquelle aucune dynamique de vie ne saurait s'amorcer. Elle est Ishah, épouse, celle qui le rend conscient de sa polarité masculine, celle qui est sa terre en devenir, recelant en terme d'inaccompli la vie nouvelle.
YHWH-Elohim fait tomber un sommeil sur l'Adam qui s'endort.
Il prend un de ses côtés et il ferme la chair.
YHWH-Elohim construit le côté qu'Il a pris de l'Adam
Pour la faire épouse et Il la fait venir vers l'Adam. Genèse 2-21
Dans cette différenciation l'humanité se connaît à présent masculine et féminine, reconduisant dans le registre humain le Couple Originel du Créateur et de sa Création.
Le chemin s'ouvre : il est rencontre amoureuse, épousailles de l'époux, Ish avec sa beauté intime Ishah, mise dans un face à face. Ensemble et non confondus, homme et femme, la porte se franchit....
Dans une vision-compréhension actualisée qui est la nôtre en terre d'exil, c'est par ce retournement vers la polarité féminine, le Féminin intérieur, que l'on soit homme ou femme, que va s'ouvrir à nous le véritable chemin de vie et de Connaissance ; l'homme et la femme ont à retrouver une relation de complémentarité (et non plus de domination, d'asservissement, de manipulation ou toute autre forme de revendication stérile). Cela ne se fera que par un retournement vers l'humus de nos êtres, la beauté et la Connaissance cachées dans la Matrice-mère qui nous constitue.
La femme aujourd'hui a cette grande responsabilité de reprendre pied en elle-même d'une toute nouvelle façon, de se reconnaître dans sa dignité de femme en regard de la Terre-Mère, Fille-épouse du Soleil de son âme, le Père Créateur.
Marie, la Pelerine, la femme qui marche...
En parcourant la Bible dans sa version hébraïque, le lecteur pourrait être interpellé par la dernière phrase de cette œuvre : « Le Dieu du ciel m'a remis tous les royaumes de la terre ; c'est lui qui m'a chargé de lui bâtir un temple à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui et qu'il monte ! » (2 Chroniques 36, 23). Cette parole qui nous laisse en suspension, est prononcée par Cyrus, roi de Perse ; elle autorise, 540 années avant notre ère, le retour des exilés d'Israël sur leurs terres ancestrales... (D'après 1)
« Que son Dieu soit avec lui et qu'il monte ! » : par son épilogue, la Bible juive se place ainsi sous le signe du pèlerinage. Le peuple hébreu dont elle raconte l'histoire est un peuple nomade dont la marche répond sans cesse à un appel aussi puissant que mystérieux : Quelqu'un, un « Je ne sais qui » appelle ; la réponse à cet appel est le pèlerinage ! Et ce n'est qu'en pressentant l'intensité de ce saisissement que le lecteur pourra vraiment se mettre en route en compagnie de tous les grands pèlerins de la Bible pour « monter » avec eux à Jérusalem...
« Monter » vers la Jérusalem terrestre, ville sainte d'Israël encore soumise aux servitudes du temps et de l'espace ; monter vers la Jérusalem d'en haut, cité céleste du Dieu Vivant, inaltérable patrie « des anges et de tous les élus »... (Lettre aux Hébreux 12, 22-23)
Plus intérieurement encore, si le nom hébreu de « Jérusalem » nous parle d'une « ville de la paix », ne peut-on pas voir aussi en Jérusalem, au-delà d'un lieu géographique, la révélation d'un climat de sainteté, une préfiguration du Royaume, ce que la grande Tradition contemplative du Christianisme nomme « l'inviolable tranquillité » du cœur ?...
Alors s'agit-il finalement de « monter » au sommet de notre être pour y goûter l'expérience du Royaume ou bien de « descendre » dans les profondeurs d'un cœur ouvert à l'indicible Présence ? L'Ange, le grand compagnon de nos marches, ramasse l'apparent paradoxe à traverser en un saisissant raccourci : « Mes bien-aimés, est-il si difficile d'atteindre le sommet ? Il est plus loin que le tréfonds de la mer, bien au-delà de la mer, plus loin, très loin en haut, il est dans la profondeur de votre cœur. » (2 p. 354).
Les mots éveillent en nous des images. Les images nous sont données pour « imaginer » notre chemin. Ces images de montée ou de descente parleront à certains, moins à d'autres. En vérité, bien au-delà des mots, les pèlerins savent qu'il leur faut marcher et marcher souvent longtemps, parfois jusqu'à l'épuisement. Il y a bien sûr la visée du saint lieu à atteindre en des contrées plus ou moins lointaines mais la marche nous invite surtout, en traversant l'épaisseur des mille et un masques croûtés de notre inconscient, à rejoindre intérieurement le lieu d'émergence de l'Etre, lieu de révélation du visage éternel du Vivant de nos vies. L'auteure contemporaine Annick de Souzenelle nous rappelle que le mot « hébreu » en langue hébraïque – 'Eber' – nous parle d'un passage d'une terre accomplie à une autre terre en devenir (3 p127). Est hébreu « celui qui passe »... Est hébreu tout être s'inscrivant dans une marche intérieure, appelé à des « passages » de terre en terre intérieures au cœur d'un bouleversant chemin d'accomplissement nous ramenant chez nous !... Finalement, le sens du pèlerinage n'est-il pas de rentrer chez soi, dans le sein d'une mystérieuse Présence qui nous fonde et nous appelle, plus intérieure à nous-mêmes que nous-mêmes selon le mot délicieux de saint Augustin ?
La grande parole qui a résonné un jour dans le cœur de tout pèlerin, c'est celle qu'a entendue Abraham en Genèse 12, 1 : « Lekh lekhà... » ; « Va vers toi... » ; « quitte ton pays, ta terre (extérieure ou intérieure), ta parenté et la maison de ton père (extérieure ou intérieure), pour le pays, la nouvelle terre que je t'indiquerai (extérieure ou intérieure)... » Nous le savons bien, nos pèlerinages ont cela en commun qu'Ils nous expatrient, qu'ils nous font sortir de la « patrie » de nos repères. Les grands pèlerins que furent les patriarches et les « matriarches » bibliques sont tous devenus étrangers à un moment de leur vie, répondant ainsi à la parole de l'apôtre Pierre dans sa première lettre : « je vous exhorte comme des gens de passage et des étrangers » (1 P 2, 11). Savoir assumer sans peur cet état « d'étrangeté » au sein de nos sociétés, de nos institutions, de nos propres familles porte dans notre vie le beau nom de liberté ou de maturité...
C'est finalement après les longs déplacements et les douloureux décentrements « marchés » tout au long de la Bible par Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Josué, Elie, tous les grands prophètes mais aussi Sarah, Rébecca, Rachel, Léa et leurs servantes, Cippora, Tamar, Rahab et tous les autres... qu'un jour, au sommet du grand arbre que représente le peuple hébreu, a fleuri Marie, matière-humanité rendue vierge par tant d'efforts offerts et de grâces reçues au cours de siècles de montées vers Jérusalem...
D'ailleurs en matière de marche et de montées, Marie prend rapidement les devants ! Ne porte-t-elle pas dans sa chair virginisée tous les soubresauts et les élans du peuple nomade ? « Dès qu'elle fut placée au pied du Temple, elle monta en courant les quinze marches du Temple, sans même regarder en arrière ni réclamer ses parents à la manière habituelle des enfants. Voyant cela, tout le monde était frappé de stupeur, à tel point que même les prêtres du Temple s'en étonnaient » (4 p.124) : l'Evangile apocryphe du Pseudo-Matthieu nous précise que Marie a trois ans quand se déroule cette montée dans le saint des Saints du Temple de Jérusalem. Cette première montée pleine de grâce est un écho du « Lekh lekhà » entendu quelque vingt siècles auparavant par Abraham. Ne plus se retourner sur ses vieilles croyances, ses vieux attachements, ne plus se retourner sur l'histoire trans-générationnelle : en Marie, tout n'a-t-il pas été assumé, traversé, virginisé, blanchi jusque dans les racines ?...
Elle reste neuf années au Temple jusqu'au moment où elle est confiée à un veuf pieux du nom de Joseph. Encore un peu de temps et c'est la rencontre avec l'Ange, entrant un beau matin chez elle... Se doutait-elle alors que le « Fiat » déposé aux pieds de la bouleversante Présence, l'expulserait un moment des lois humaines instituées et la mettrait en marge, étrangère à la « bonne conscience » ?
Sans doute faudrait-il mieux entendre à ce propos la force de la parole « imaginée » que le romancier Erri de Luca, dans son beau roman « Au nom de la mère » (5) fait dire à Joseph, tourmenté devant la grossesse de Marie :
« - Miriam, nous devons maintenant trouver une solution, donner une version de ta grossesse hors la loi. Miriam, ils te traîneront à la porte de Nazareth et te lapideront. Et ils me demanderont à moi de te lancer la première pierre. Tu le comprends ? Tu le comprends ? Tu la connais notre loi ? –...
...Miriam se taisait ; elle pensait qu'il y avait eu des femmes en Israël qui avaient eu raison contre la loi ; elles avaient agi avec leur corps contre les commandements et elles étaient devenues mères d'Israël...
... - J'étais heureuse, l'annonce de l'ange et la réponse de mon corps m'avaient, ce jour-là, affranchie...- »
Après l'Annonciation, le centre de sa vie, le sens de sa marche, c'est son fils et Son Dieu qu'elle porte dans ses entrailles... « En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers le haut pays, dans une ville de Juda. » (Luc 1, 39). Dans sa montée vers les monts de Juda, Marie préfigure la montée de Jésus à Jérusalem ; sa marche, cette fois-ci, n'aboutit pas au Temple, mais dans la maison de Zacharie et d'Elisabeth et cette Visitation est féconde. Elle est la rencontre entre deux femmes marchant l'une vers l'autre ; elle est aussi et peut-être avant tout la rencontre entre les deux enfants portés par ces femmes et qui s'interpellent ; en s'interpellant l'un l'autre, ils permettent aux deux femmes enceintes d'être confirmées dans le mystère qu'elles portent et de le désigner en l'autre ! : « De femme à femme circule le secret magnifique ; la vie tressaille, prend forme. Tu es ma sœur en mystère » (6 page 26) auraient-elles pu se dire l'une à l'autre...
C'est aussi au cours d'une marche qu'elle enfante ; un recensement obligeant Joseph et Marie à quitter Nazareth pour « monter » en Judée, à Bethléem, la ville de David. Elle met au monde Jésus, son fils comme « en marchant », loin des repères confortables d'une hôtellerie. Après viendra la Circoncision le huitième jour puis la première « montée » à Jérusalem, le quarantième jour où, en compagnie de Joseph, ils amèneront l'enfant pour le présenter au Temple. Marie en repartira, le cœur transpercé par une parole prophétique du vieillard Syméon concernant son fils et lui annonçant à mots couverts la Croix qu'ils auront à traverser ensemble...
Ils fuiront ensuite vers l'Egypte d'où ils reviendront pour s'installer à Nazareth... Une deuxième montée à Jérusalem signalée dans l'Evangile de Luc s'accomplit lorsque Jésus a douze ans (Luc 2, 41-50). Fortement angoissée après trois jours de recherche, Marie y découvre que le « centre de gravité » de son enfant, n'est plus désormais la cellule familiale mais une Présence qu'il nomme son Père !... Marie ne comprend pas l'attitude de Jésus ni l'explication qu'il en donne. Elle comprendra sans doute plus tard, à la dernière montée à Jérusalem, pendant les trois jours entre le Vendredi et Pâques, le sens profond de cette montée-ci ; Marie alors se souviendra... (7)
Marie est désormais totalement décentrée. Son pèlerinage est ordonné à celui de Son Fils. Elle ne s'appartient plus... D'ailleurs tout au long de l'Evangile de Jean, Marie n'apparaît que comme la mère de Jésus ; sa présence s'efface complètement au profit de son fils. Des Noces de Cana jusqu'à la Croix, une seule question semble l'habiter : comment s'ajuster aux mouvements de l'Esprit inspirant les moindres pensées, paroles et actions de son fils ? La montée de Jésus à Jérusalem est devenue sa propre marche, une marche profondément silencieuse pour se mettre à l'écoute de tous les mouvements émanant de la divino-humanité du fils... Comment accompagner de manière ajustée l'œuvre divine qui s'accomplit ? Comment être intensément là sans se faire pesante ? Dense et légère, infiniment présente et en même temps transparente pour « monter » et « faire monter » sans agir...
La parole du Verbe à côté d'elle guide, oriente, ouvre, crée, ranime, pour un peu de temps encore... Mais vient un jour où la Parole cède la place au Silence : tout a été dit ! Il n'y a plus qu'à laisser faire, laisser être Celui qui est, cela qui est ! C'est à Jérusalem, quelques heures avant la Croix, quelques heures avant que le glaive ne transperce son âme...
Un hymne liturgique fait dire à Marie, le matin de la Passion : « Dois-je t'accompagner ou t'attendre ? Dis-moi un mot, ô Verbe, ne passe pas en silence ! » Marie est, plus que jamais en cet instant là, en résonance intime avec la traversée de son fils.
« Dis-moi un mot, ô Verbe ! »
Accepter de ne plus rien savoir, de ne plus rien vouloir...
Seulement vivre avec Lui, le passage de la Croix, debout, droite, sans rien rajouter, sans rien retrancher,
Etre infiniment disponible,
Etre là,
Etre...
C'est alors que l'abîme infranchissable est franchi. Marie passe avec son Fils comme si l'annonce d'une Résurrection à venir était déjà inscrite dans sa chair ! Elle retrouve son nom au début des Actes des Apôtres (1, 14). Elle-même « passera » de la vie à la Vie, bien des années après. La Tradition appelle sa mort, une Dormition, terme qui n'est pas sans rappeler la mort des Justes et des Patriarches dans le premier Testament. Dans la littérature apocryphe, sa Dormition est appelée « Transitus Mariae » ; transitus, passage, transit, en marche, toujours !
Comme Son Fils, elle restera trois jours dans le tombeau, puis elle le quittera et elle « montera » avec les anges vers le Lieu du Père, vers la Jérusalem céleste...
« Un signe grandiose apparut au ciel : c'est une Femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête...» Apocalypse (12, 1).
Marie, la Femme qui marche...
Bibliographie :
1.« Le chant des montées » de Jean-Pierre Sonnet ; éditions DDB
2.« Les Dialogues avec l'ange » ; éditions Aubier
3.« Alliance de feu I » d'Annick de Souzenelle ; éditions Albin Michel
4.« Evangile du Pseudo-Matthieu dans Ecrits apocryphes chrétiens » ; éditions Gallimard
5.« Au nom de la mère » de Erri de Luca ; éditions Gallimard
6.« Trace et ferment. Un dialogue à bible ouverte » de Lucien Noullez ; Namur ; éditions L'arbre à paroles
7.« L'Evangile de Marie » de Georgette Blaquière, éditions des Béatitudes.
Evèque Martin
Myriam de Magdala, l'apôtre des apôtres... C'est à elle qu'apparut pour la première fois le Christ ressuscité au matin de Pâques. Elle fut une « grande pèlerine » dans son chemin de retour vers le Père et dans la trace unique qu'elle a laissée de son passage sur les terres de Galilée et de Provence. Voici succintement présentées les étapes de son chemin de retour :
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Myriam de Magdala |
Quelques étapes du pèlerinage de l'âme humaine :
- 1 - le départ : ou la “sortie” de l'ornière, de l'impasse, où nous enferme le “connu”, “l'habituel” ;
- 2 - l'errance : partir ce n'est pas encore avoir trouvé son chemin, mais chercher ce qui pourrait donner sens et orientation à notre marche ;
- 3 – la métanoïa : le retour (techouva) : la conversion, la découverte du cœur (pour Myriam, la rencontre de Yeshoua) ; le Graal d'une nouvelle conscience ;
- 4 - le chemin proprement dit : marcher avec quelqu'un, marcher en Sa Présence (pour Myriam c'est le chemin des Béatitudes aux côtés de l'Enseigneur qui redresse ceux qui sont tombés et qui les remet “en marche”) ;
- 5 - le passage : (la montée vers Jérusalem), le passage à travers la fatigue, la souffrance, la trahison, la mort ; le chemin qui nous fait passer de cette vie mortelle à l'essence même de la Vie : la Pâque ;
- 6 - le chemin sans chemin, ou « la marche sur l'eau » : c'est la route que doit prendre Myriam de Magdala après la résurrection ; elle est seule, Celui qui marchait devant est désormais “au dedans” ; par l'invocation de Son Nom elle vit en Sa Présence ressuscitée, immatérielle... ;
- 7 - le voyage de l'âme, vers le silence et le repos : voyage de l'âme après la mort, qui doit traverser les différents climats de nos mémoires personnelles ou collectives, avant de connaître le repos (cf. l'Evangile de Marie).
Jean-Yves LELOUP

