Le Site Universel des Pèlerins

 

Mystérieuse étoile !

Quelle est cette mystérieuse étoile qui appelle tant de milliers d'êtres humains, hommes et femmes, à un jour, quitter leur univers familier et, à la fois « solitaires et solidaires », à marcher pas après pas sur ce chemin de Terre et de poussière ouvert à la Lumière ?

Quelle est cette mystérieuse force qui les pousse à avancer quels que soient la rudesse du chemin, les obstacles de la route, les résistances de tous ordres survenues dès que l'intention de partir a vu le jour ?
D'où vient cette Joie inexplicable si souvent exprimée par tant de pèlerins et de pèlerines de mettre leurs pas dans ceux qui les ont précédés comme si leur appartenance à une véritable communauté invisible ignorant toutes limites temporelles était inscrite au plus profond de leur corps et de leur cœur ?

A chacun de leurs pas, posés et déposés, ont-ils conscience de n'être à leur tour qu'un infime prédécesseur d'une multitude qui, après eux s'apprête à partir, dans les jours, les mois et les années à venir, sans parler de ceux qui, encore non incarnés, un jour, entreprendront la même aventure de laisser l'empreinte éphémère de leur passage sur cette Terre du Chemin ?

Peut-être connaissent-ils l'histoire de cette voie des étoiles, celle des livres scientifiques et des données objectives, les périodes d'euphorie et celles de l'oubli ? Sans doute en ignorent-ils le déploiement et le creusement futurs, à moins qu'ils ne le pressentent dans le cœur de leur propre histoire qui s'écrit en eux et par eux à travers ce chemin ? Ont-ils conscience du sens profond et immuable qui siècle après siècle, par-delà toutes les analyses et les observations extérieures, les a rejoint, à travers des formes collectives et individuelles variées, pour les animer de la même intentionnalité profonde ?
Se vivent-ils comme une maille de ce tissu humain qui reçoit et offre à son tour les fruits de son passage ?
Savent-ils que chacun de leurs pas posés et déposés en conscience les tire de l'anonymat de cette foule historique et géographique pour les faire advenir dans la personnalisation et l'identification propre des fils et des filles de Dieu appelés à ne former qu'un seul peuple : celui de l'alliance nouvelle, de la rencontre avec l'altérité dans la pleine communion de tous les règnes et de tous les êtres, dans ce Royaume de Dieu où le groupe social ne nie plus l'identité profonde de chaque personne et où celle-ci ne cherche plus à imposer sa toute-puissance, là où passé et futur se rencontrent pour s'abolir dans la conscience de l'instant présent, où tout se révèle éphémère sauf l'Amour ?
Perçoivent-ils, tous ceux qui se lancent dans cette belle aventure de la route humaine ou ceux qui les voient passer, que cette communion est inscrite au plus profond de leur être, qu'il faut parfois beaucoup de pas, de chemins extérieurs et de luttes intérieures pour pénétrer au cœur de cette Unique Réalité, pour la laisser s'intégrer et se déployer « en tous temps et en tous lieux », pour s'effacer devant Elle et la laisser rayonner ? Sans-doute est-ce là le chemin de toute une vie ! Béni soit-il !

Ultreia ! à la lumière de l'étoile ! Bénie soit-elle ! Béni soit le Créateur !

Aurore du chemin
Juillet et décembre 2009

 

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A toi l'ami inconnu qui part pour Compostelle

Mur de coquilles

Catherine Claes

Paix à toi, l'ami qui te trouve tout au début du Chemin. Tout au début du commencement, Tout au début de l'Inconnu.

Peut-être l'as-tu remarqué, un cheminement commence souvent avec des questions. Pourquoi quitter ? Pourquoi partir ? Pourquoi le silence ? Pourquoi la solitude ? Pourquoi le chemin ? Pourquoi les balises ? Absolument tous les pèlerins que j'ai rencontrés voyagent avec ce type de questions. Mais on ne le devine pas toujours, car ces questionnements sont souvent bien planqués, bien enfouis tout au fond de leur besace. En fait, beaucoup espèrent trouver des réponses au terme de leur parcours.

Et toi, pourquoi voudrais-tu partir ? Toi qui lis ces lignes, toi qui vas marcher, je t'avertis. Tu ne trouveras chemin faisant que des réponses partielles et insatisfaisantes. Que des réponses qui varient aux grés et aux humeurs du temps et des rencontres. Car, forcément, les espaces dans lesquels les mots s'écrivent et se structurent sont trop étriqués et trop rigides pour contenir les vraies questions. Celles qui émergent dès le commencement. Celles qui viennent de la vie ! Celles qui s'adressent à l'âme ! Celles qui nous font grandir !

Si tant d'hommes et de femmes de toutes nationalités, de cultures et d'origines diverses, ont un jour décidé de fermer la télé, Internet et les discours savants, c'est moins par besoin que par fidélité. Si tant d'hommes et de femmes cheminent si lentement depuis si longtemps, de manière si anachronique et sans raison raisonnable, au cœur de paysages grandioses, sur des chemins lourds d'histoires et de mystères, c'est que les statues, les bas reliefs, et les petites chapelles romanes sont plus aptes que tous discours à fissurer leur cœur de pierre.

C'est que les mystères et les légendes des pays traversés sont plus porteurs de Vie que toutes les vérités qui leur ont été enseignées. C'est que les odeurs de fraternité et de terre mouillée s'offrent à tout un chacun engagé dans la simplicité du chemin. C'est que les arbres et les fontaines du chemin offrent gratuitement la fraîcheur de leur sagesse à celui qui prend le risque d'y déposer son sac.

C'est pour ne pas oublier que le silence ne se prend, ni ne s'achète. Car le silence n'est pas une réponse à nos questions. Le silence n'est pas une question non plus. Le silence Est, un point c'est tout. C'est un cadeau, un don gratuit à celui qui écoute. Comme sont données gratuitement les premières lueurs, celles qui précèdent le lever du soleil. Comme sont donnés la pluie, le soleil et le grand vent. Comme sont données les rencontres et les paroles d'amitiés.

« Buen Camino, Ultreïa ».

André Weill

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En marche vers Saint-Jacques de Compostelle, il y a la trace que nous laissons sur le chemin mais il y a aussi l'empreinte que le chemin imprime en nous. Est-ce nous qui faisons le chemin ou le chemin qui agit comme un révélateur ? N'avons-nous pas à le laisser œuvrer en nous ?

 

Le chemin de Saint-Jacques agit comme un révélateur.

Tout marcheur pèlerin le sait : le chemin le transforme. Cela est particulièrement vrai sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Quelques réflexions à ce sujet...

Chemin de Compostelle Le chemin de Santiago agit comme un révélateur de notre part d'ombre prête à surgir à la conscience éclairée par la lueur de l'étoile. Ce n'est pas seulement la trace de nos pas que nous laissons sur la terre du chemin mais surtout l'empreinte de nos pieds comme une remontée de nos racines humaines, de notre enfance, de nos mémoires profondes qui ainsi mises dans l'extériorité vont pouvoir se lire, être enfin déchiffrées.

Ne pas regretter notre chemin, toujours différent de celui que plus ou moins consciemment nous avions imaginé ou espéré à son départ quand le tout est possible s'était habillé de certaines de nos toute-puissances au lieu d'en laisser l'entière responsabilité à Celui qui nous y avait appelé, c'est l'accepter pleinement dans toute sa dualité à l'image de ce jeu d'ombres et de lumière qui éclate dans la forêt galicienne. C'est adhérer entièrement à ce qu'est notre psychisme en cet instant, le produit de ces mémoires douloureuses qui continuent de se projeter parce que non encore acceptées ni intégrées. C'est mettre un terme au reniement de ce qui, enfoui dans l'inconscient familial se transmet au-delà des mots et des mensonges perpétrés et reconduits pour éviter le face à face avec l'intolérable, c'est mettre un terme à ces efforts désespérés et démesurés pour tenter de le rejeter croyant ainsi que nous avons le pouvoir de l'abolir et de refaire le passé.

Le chemin qui sans cesse nous ramène à nos limites humaines physiques et psychiques nous rappelle sa voie : au-dessus des lois humaines, il y a les lois de Dieu, les respecter c'est marcher vers le dénuement, le dénouement et le dévouement. Alors humblement, laisser les mémoires de l'acte insoutenable remonter à la surface, les reconnaître, avec charité envers nous-même, les accueillir dans le temps qui nous est donné pour nous en désidentifier, nous en distancier quelles qu'en soient la douleur à ressentir, la brisure à vivre, l'image de soi à reconsidérer. La souffrance n'est alors que passage vers cette autre rive de nous-même où tout se recrée dans la lumière retrouvée d'une vie réorientée. Oh ! Calice béni ! tu nous as ouvert la voie du repentir !

Aurore du chemin
Septembre 2008

 

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Faire le chemin de Compostelle...
ou laisser notre Compostelle intérieur se révéler à nous à travers le chemin ?

« Je fais ..., tu fais...il, elle fait...tu as fait...nous avons fait...vous avez fait...ils, elles ont fait... tu vas faire...nous allons faire...ils, elles feront...fais...faisons...le chemin de Compostelle. Nombreux et nombreuses sommes-nous à conjuguer ainsi le verbe faire au temps, à la personne et au mode qui nous conviennent en parlant du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Mais est-ce « faire le chemin » dont il s'agit vraiment lorsque saisis par un profond appel, nous préparons notre sac, prenons un bâton et nous mettons en route ?

Chemin et chapelleCertes, nous allons poser chacun de nos pieds l'un après l'autre, les soulever, les reposer, recommencer des centaines, des milliers de fois jusqu'à la ville de Compostelle ou nous arrêter avant pour repartir quelques mois plus tard et finir un jour par arriver au but tant désiré. Pour cela, en Espagne, nous allons suivre les flèches jaunes, balises emblématiques du camino puis vite repérer les bornes kilométriques du compte à rebours galicien. Nous aurons peu d'occasions de nous perdre sur ce chemin extérieur tout tracé si le minimum d'attention et de respect des règles de sécurité ne nous sont pas étrangers. De multiples choix à opérer se présenteront néanmoins à nous, depuis les différentes variantes régulièrement rencontrées jusqu'au temps et lieux des pauses et des haltes pour la nuit. Apparemment anodins, tellement de guides et de feuilles de routes personnelles ou collectives ont déjà préalablement établi le découpage du chemin, ces différentes options ne le seront pourtant pas. Tellement de manières différentes d'être en chemin vont nous conduire à expérimenter des chemins extérieurs tout aussi différents. Certains aborderont le chemin par l'aspect de la grande randonnée ,le kilométrage journalier sera alors déterminant ; s'ils sont tenus par des impératifs temporels ou de performance physique voire psychique, la quantité élevée de kilomètres sera l'objectif prioritaire de chaque journée. D'autres seront sensibles à la qualité d'accueil et à l'hospitalité des auberges, ou alors à leurs commodités matérielles modernes, parfois à leur prix. Les auberges « donativo » abusivement associées à la gratuité totale seront alors des plus prisées. D'autres se détermineront par rapport aux lieux sacrés ou religieux, quelques fois aux critères de la tradition et ne manqueront pour rien au monde l'arrêt dans un des treize lieux étapes signalés dans le codex calixtinus depuis le port de Cize ou depuis Borce par la voie du Somport. Beaucoup choisiront un savant et personnel mélange de ces différentes logiques d'avancée, d'autres encore laisseront leur profond ressenti et leur cœur décliner jour après jour les étapes de leur propre chemin.
Autant de marcheurs pèlerins, autant de chemins...La pratique du « camino » vérifie la réalité décrite par Saint-Augustin pour le chemin qui mène à Dieu : « nul n'est allé au Père, n'ira à Lui et ne va à Lui par le même chemin ».
Diversité des chemins de chaque pèlerin, de chaque pèlerine mais aussi diversité des chemins de celui ou de celle qui y aura marché à plusieurs reprises...

Cependant, nous passerons tous par Manjarin. Manjarin, petite auberge isolée et rudimentaire sise en bordure de la route en pleine descente du Monte Irago quelques kilomètres à peine après le passage par la croix de fer dressée au point culminant en altitude du « camino frances ». Santiago est à deux cent vingt kilomètres de là si l'on en croit l'inscription de la dernière des larges flèches en bois. Assemblées les unes au-dessous des autres, ces pancartes indiquent à la fois la direction et le kilomètrage de plusieurs lieux de pèlerinage du monde entier. Peut-être nous laisserons nous guider par la curiosité, par la fatigue ou par tant d'autres raisons et entrerons-nous dans la demeure de celui qui se présente comme un des derniers templiers. Après avoir balayé du regard ou observé plus intensément objets et écritures diverses proposés à nos yeux, peut-être prendrons-nous le temps de nous laisser interpeller par cette question écrite, elle aussi à la peinture, sur une ardoise cette fois, à la fin d'un magnifique poème signé « Peregrino Manuel » :

« Tu camino va a Santiago, y tu... a donde vas ? »,
ce qui se traduit ainsi : « ton chemin va à Saint-Jacques, et toi... où vas-tu ? »

Chemins de Compostelle A chacun sa réponse bien sûr, en temps et en heure justes, après peut-être tout un long temps de maturation dans les profondeurs de l'âme. Parmi les réponses possibles, il se peut qu'au cours du chemin ou en son terme, la question soit devenue : « pèlerin, pèlerine ce chemin va à Compostelle et toi où vas-tu ? ». Peut-être alors abandonnerons-nous l'idée de « faire le chemin » et laisserons-nous le chemin de Saint-Jacques de Compostelle oeuvrer en nous dans la profondeur de notre être... Il est tout à la fois commun et vrai d'entendre que ce n'est pas nous qui faisons le chemin. Selon Nicolas Bouvier repris par Philippe Lemonnier dans « le chemin oublié de Compostelle », le chemin « nous fait, nous défait ». Nous nous accordons tous pour dire qu'il nous transforme. Mais quelle est cette force agissante ?

Compostelle... Compostelle... Compostelle... comme si nous n'y étions jamais allés, comme si nous n'avions jamais vu de photos, comme si nous ne savions rien sur ce lieu, comme si toute représentation psychique et profane s'y dérobait pour ne plus laisser être que cette réalité profonde et sacrée, cette réalité intérieure et archétypale qui nous appelle du dedans de l'Etre, celle de « Compostelle ».Nous ne serons plus seulement en train de marcher sur cet itinéraire extérieur mais nous serons aussi en chemin vers un nouveau champ de l'étoile, un champ de l'étoile plus intérieur.
Laisser le chemin de Compostelle oeuvrer en nous dans la profondeur de l'être puis s'y révéler, c'est laisser la lumière de l'étoile briller au-dessus de nos tombeaux intérieurs. C'est marcher vers elle, à l'écoute de son chant, en descendant dans ces lieux de nous-mêmes où nous laisserons son faisceau lumineux perforer puis fissurer toutes nos fermetures, ces vieilles mémoires qui verrouillent le flux de la Vie. Nous la laisserons, parfois douloureusement, éclairer puis réchauffer ces lieux gelés. Nous adhèrerons à leur réalité ainsi qu'à la force ébranlante de la puissance du message d'espérance porté par le faisceau lumineux . Du plus profond de notre compost, travaillés, remués, retournés, nous croirons en l'Amour plus fort que la mort. Nous le laisserons œuvrer discrètement dans le silence et le retrait de nos nuits profondes, le temps nécessaire à une nouvelle naissance.7

Un beau matin, dans ce chemin de retour, l'étoile disparaîtra, le jour ne sera plus très loin. Elle se sera effacée ou peut-être même métamorphosée pour laisser advenir à l'orient de notre être un nouveau soleil, Soleil levant illuminant l'orée d'un jardin retrouvé.

La pierre aura été roulée, le sépulcre sera vide, l'Amour aura vaincu la mort, le Christ sera Roi.
Loué soit le Seigneur, Dieu de l'Univers !

Aurore-du-chemin
Novembre 2009

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L'arrivée à Saint-Jacques de Compostelle... Comment se vivra-t-elle ? Un mystère pour celui et celle qui sont encore en chemin...
Le rituel d'arrivée souvent présenté de manière générale et extérieure peut parfois apparaître désuet et sans grande signification. Se placer dans une attitude de découverte ou de redécouverte plus intérieure en lien avec les mouvements du cœur profond peut nous amener à poser des gestes habités.


« La cathédrale de Santiago,
est un lieu de recueillement et de conversion.
Veillez à en respecter le silence»

 

Les chemins de Saint-Jacques ne sont pas que des itinéraires extérieurs qui se rejoignent pour nous mener à la tombe de l'apôtre. Ce sont aussi des chemins qui mènent à nos sépulcres intérieurs, lieu de passage et de retournement. « La cathédrale de Santiago est un lieu de recueillement et de conversion. Veillez à en respecter le silence »...

Après une longue marche vers l'ouest, sur la grande place de l'Obradeiro, (place de l'ouvrage), le pèlerin se retourne pour contempler la façade de la cathédrale orientée vers le couchant. Là il vient d'amorcer le voyage de son retour.
Humblement, il entrera dans l'édifice sacré, en montant lentement les marches ou en en descendant d'autres s'il est arrivé au petit matin. Emu ou recueilli, peut-être les deux à la fois, il posera sa main sur le pilier de Jessé avouant ainsi sa propre impuissance et sa foi en la toute-puissance de l'Amour créateur et sauveur. Par ce geste, il s'inscrira également dans la continuité de cette longue lignée spirituelle d'où le Christ lui-même est issu dans sa filiation terrestre. Selon la tradition, dans le secret de son cœur, il pourra émettre un ou plusieurs vœux. L'empreinte de sa main rejoindra celle d'une multitude qui l'a déjà précédé.
Il continuera de pèleriner dans la cathédrale dans la conscience de chacun de ses pas savourant ce qui lui est donné de vivre en ces instants. Il pourra déposer auprès du Seigneur les gros cailloux de son cœur que le chemin aura peu à peu laisser se révéler, un prêtre pourra recueillir sa confession. Il descendra dans la crypte s'agenouiller devant la croix du Christ et la tombe de Santiago, en ressortira par l'autre côté, signifiant par là qu'elle n'est que passage avant de monter de nouvelles marches pour embrasser la figure extérieure de l'apôtre et la quitter. Peut-être à ce moment là adhèrera-t-il vraiment à son chemin intérieur ou demandera-t-il à Saint-Jacques de l'y aider ? Autant de pèlerins, autant de demandes, de remerciements, d'expressions de foi et d'espérance, de secrets entendus...
S'il est arrivé assez tôt peut-être recevra-t-il la grâce de communier au corps et au sang du Christ tout à côté des reliques de son apôtre. Et s'il est présent à la messe des pèlerins, il pourra voir le butafumeiro s'élancer dans les airs sous la pression de la force descendante des efforts conjugués des huit sacristains et peut-être lui révèler son secret.

S'il est venu à pied, il n'oubliera pas d'aller chercher la compostela, retrouvera la joie au cœur des compagnons de route, échangera les dernières nouvelles du chemin, découvrira avec émerveillement toutes les surprises qui l'attendront en ce lieu béni.

L'appel du retour à la maison se fera de plus en plus pressant et fortifié par tout ce qu' il aura reçu au cours de son périple, il pourra l'envisager et le vivre sereinement en poursuivant sa marche amorcée vers l'orient. Au cours des semaines, voire des mois qui suivront, il laissera petit à petit se décrypter le chemin, s'intégrer les expériences vécues, s'incarner les grâces reçues.
Son pèlerinage sera accompli.

Aurore du chemin
Septembre 2008

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Nous serons à la cathédrale de Compostelle...
...pour la fête de l'Apôtre...
le 25 juillet

Pèlerins du bout du monde, habitants de la cité jacquaire, pèlerins depuis toujours ou pèlerins d'un jour, pèlerins anonymes, ou plus connus, revêtus d'habits sacerdotaux ou porteurs d'un titre politique, nous serons nombreux à la cathédrale de Compostelle pour la fête de l'apôtre.
Cathédrale de St Jacques de Compostelle Nous y serons tous arrivés par nos propres moyens, à pied, à bicyclette, à dos d'animaux, dans un véhicule motorisé ou conduits par un chauffeur ou autre guide. Nous nous serons tous levés le matin même, nous aurons pris un petit-déjeuner ou aurons jeûné, nous aurons marché quelques dizaines de pas ou quelques milliers, nous aurons pris notre temps ou serons arrivés le souffle écourté par des pas rapides, nous aurons pu entrer facilement dans la cathédrale ou aurons joué des coudes. Peut-être même, attendrons-nous patiemment à l'extérieur la réouverture des portes par des agents de la guardia civil. Sur un écran, nous verrons les autorités civiles quitter le tout proche parador pour emboîter le pas à la procession des aubes blanches ornées de la croix rouge de Santiago et rejoindre les sièges à eux réservés. Nous serons assis sur un banc ou au pied d'un pilier, nous resterons debout, adossés à une autre colonne ou bien profondément enracinés dans nos plantes de pieds. Nous écouterons les voix des choristes, les cantiques s'élever, les discours et l'homélie se succéder. Nous verrons les allées de la cathédrale bondées de monde, les parapluies bleus et blancs indiquer le lieu de la communion, nous pourrons descendre devant le tombeau de l'apôtre dans la crypte désertée ou à peine visitée en ce temps de partage de l'hostie consacrée. Nous suspendrons notre souffle à l'élévation du butafumeiro. Les yeux écarquillés, nous assisterons à sa haute voltige dans le vide du transept, nous garderons le silence ou émettrons de petits cris d'admiration sinon même rejoindrons le flot d'applaudissements à l'arrêt net de cette lourde masse argentée. Nous serons venus pour le voir, lui, ce fameux encensoir géant, ou pour participer à une fastueuse fête, ou pour prier, ou pour tant de raisons autres et propres à chacun. Peut-être qu'au-delà de toutes ces dernières, nous en approcherons une nouvelle, celle que nous ne pouvions ni deviner ni même imaginer, celle qui nous attendra là en ce jour de mémorial, en cet instant unique et qui nous sera réservée.
Pèlerin de St Jacques de Compostelle Nous pourrons admirer la patience, l'amour et la ferveur d'un homme, d'une femme, chevaliers de l'ordre, revêtus des couleurs compostellanes jaune et bleu. Nous les verrons remplir humblement leur tâche chacun à l'emplacement qui lui incombe, dans le respect des uns et des autres. Dans le retrait d'eux-mêmes, ils laisseront la place... la place à qui ?
Non au fastueux décorum, ni aux envolées lyriques, ni aux longs discours. Ils laisseront la place à Celui que nos yeux de chair ne verront pas, que nos oreilles de chairs n'entendront pas et qui, pourtant, viendra au milieu de cette foule humaine, tellement humaine dans sa variété si bigarrée et multiple, tumultueuse et silencieuse, ostentatoire et recueillie. Il reviendra et ne se lassera jamais de revenir offrir la Présence de son Amour. Il sera précédé ou suivi de celui qui, un jour, sur les chemins de Galilée a cru à sa promesse, l'a suivi et est allé jusqu'au bout de lui-même pour renaître pleinement à sa Vie qui ne passe pas et de laquelle il nous appelle encore et encore à marcher pour un jour, à notre tour y renaître.

Loué soit le Seigneur !

Béni soit Saint Jacques son grand passeur d'Aurore !

La Vie a vaincu la mort, L'Amour est Roi. En ce jour de fête de son martyre, Saint-Jacques, à travers les voûtes de pierres de la cathédrale de Compostelle, dans la force mickaëlienne de son cheval blanc ne cessera de nous en porter la bonne nouvelle.

Aurore du chemin
Novembre 09

 

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